Cette étude répondait à la demande du Conseil d'administration du Centre communal d'action sociale (CCAS) de la Ville. Elle s'inscrivait dans le cadre règlementaire de l'Analyse des Besoins Sociaux (ABS) comme thème prioritaire d'enquête sur le territoire communal. Elle avait pour but de quantifier la solitude et l’isolement relationnel sur la commune, d’apporter des éléments pour en comprendre les causes et construire un plan d’actions adapté.

Pour réaliser cette étude, le CCAS a obtenu l'autorisation de bénéficier des outils de traitement du Credoc (centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) mis en place pour l’étude nationale « Les solitudes en France », îlotée par la Fondation de France. Les résultats locaux obtenus peuvent ainsi également être comparés aux résultats nationaux.

Ainsi, un questionnaire a été proposé d'avril à juillet 2018 aux habitants de Saint-Médard-en-Jalles. Les retours, au nombre de 1194, ont été plus nombreux qu'escomptés. Les caractéristiques des répondants sont très proches de la composition de la population de Saint-Médard-en-Jalles. Grâce, à un léger redressement statistique, ils permettent de bénéficier d'une étude fiable.

La « pauvreté en relation » est la nouvelle misère de nos sociétés développées. 5 millions de Français en souffrent.

« L’isolement social est la situation dans laquelle se trouve la personne qui, du fait de relations durablement insuffisantes dans leur nombre ou leur qualité́, est en situation de souffrance et de danger. Les relations d’une qualité́ insuffisante sont celles qui produisent un déni de reconnaissance, un déficit de sécurité́ et une participation empêchée. Le risque de cette situation tient au fait que l’isolement prive de certaines ressources impératives pour se constituer en tant que personne et accéder aux soins élémentaires et à la vie sociale. » C’est la définition proposée par le Conseil économique, social et environnemental dans son avis « Combattre l’isolement social pour plus de cohésion et de fraternité » qui préconise notamment d’adopter une définition de l’isolement social et de doter les territoires des outils nécessaires à son observation et à sa compréhension.

Les résultats de l’étude à Saint-Médard

Les pratiques numériques

Les habitants de Saint-Médard ont un usage diversifié d'Internet.

Ils sont plus nombreux que la moyenne française à l'utiliser, surtout pour l'envoi et la réception de mails, mais également pour faire des achats ou des démarches administratives. Sur ces derniers points, les achats se font par Internet pour 71% des Saint-Médardais (contre 61% des Français) et les démarches administratives pour 79% (contre 67% sur l’ensemble de la France).

En revanche, l'utilisation des réseaux sociaux est comparable (58 et 59%).

10% des Saint-Médardais n'ont pas utilisé Internet dans les 3 derniers mois précédant l'enquête (12% sur le territoire national).

Les usages d'Internet varient selon les caractéristiques démographiques : l'utilisation d'Internet diminue avec l'âge et chute à partir de 70 ans, même s'il reste élevé par rapport à l’ensemble de la France. Les personnes les plus diplômées et celles qui ont un niveau de vie perçu comme plus important vont plus fréquemment réaliser leurs démarches administratives par Internet, comme cela a été constaté au niveau national.

A contrario, les personnes qui n’utilisent pas ou peu Internet pour les démarches administratives nous donnent un indicateur d'une certaine frilosité envers l'e-administration pour les personnes peu formées. Même si elles sont, dans l'ensemble, familières de l'outil puisqu'elles l'utilisent pour naviguer sur les réseaux sociaux, une certaine exclusion s'opère : non pas une exclusion d'accès à Internet, mais plutôt une exclusion d'usage (incompréhension des renseignements demandés, craintes de faire des erreurs...).

Réseau Internet sur la commune

La population de Saint-Médard est très divisée sur l'utilisation des échanges de services par Internet.

D'un côté, les plus diplômés, les moins de 40 ans, les personnes déjà utilisatrices des réseaux sociaux et des forums sont 18% à déjà l'utiliser, 33% dans une utilisation probable, et de l'autre côté les retraités et les plus de 70 ans, les personnes les moins diplômées et celles qui n'utilisent pas Internet pour lesquelles 28% sont sûrs de ne pas l'utiliser et 21% ne le savent pas.

L'utilisation des réseaux d'échanges de services semble un peu moins répandue sur la commune que parmi l'ensemble de la population du territoire français.

C'est notable, 11% des personnes ayant eu recours aux réseaux d'échanges de services considèrent qu'ils leur ont permis de nouer de vrais liens d'amitiés dans leur voisinage ou du moins des rencontres régulières pour 28%.

Si les échanges de services ne débouchent que minoritairement sur la construction de liens sociaux de voisinage, les proportions de personnes concernées ne sont pas négligeables et montrent bien que ces outils peuvent constituer des opportunités de rencontres avec les habitants de la même commune ou quartier.

L'isolement social

Les réseaux de sociabilité sont mobilisés de manière comparable à Saint-Médard et sur l’ensemble de la France.

En premier lieu, les relations sont plus fréquentes avec les amis et la famille et occasionnelles avec les voisins et les collègues (pour ceux qui travaillent). Les relations avec les voisins se jouent différemment entre les personnes installées depuis longtemps, ayant construit des normes de voisinage et de vie ensemble, et des nouveaux arrivants susceptibles de perturber ces normes. Ainsi, il est beaucoup plus difficile pour les personnes ayant emménagé récemment de nouer de nouvelles relations à proximité de leur lieu d’habitation.

Fête des voisins33% des habitants déclarent échanger au moins une fois par semaine avec leurs voisins au delà de simples salutations, 42% n'ont pas ou n'ont que peu de relations de voisinage.

Par contre, les Saint-Médardais participent activement à la vie associative (55%). Cette implication donne l'occasion de créer des liens et permet l'appartenance à un groupe. Cette implication contribue activement à rompre l'isolement.

Les relations sont plus fortes à Saint-Médard, quelque soit le type de réseau examiné, tant dans leur intensité que dans leur diversité.

Selon la définition de l'isolement social, la part des personnes concernées à Saint-Médard est un peu plus faible que sur l’ensemble de la France. 21% des Saint-Médardais de plus de 25 ans sont en situation d'isolement social (32% au niveau national). De même, le sentiment de solitude y est un peu plus faible.

La proportion des personnes entretenant des relations familiales, amicales ou associatives fortes est beaucoup plus élevée qu'en France. En revanche, l'écart est quasi nul pour les réseaux de voisinage ou les relations entre collègues. Le réseau de voisinage n'est classé qu'en 3e position par les Saint-Médardais alors qu'il arrive en 2e position sur le territoire national.

Pour les personnes isolées, le réseau de voisinage est moins opérant à Saint-Médard que sur l’ensemble de la France.

À Saint-Médard, les populations les plus touchées par l'isolement social sont également les plus précaires.

L'état de santé est également un facteur de risque d'isolement. Souffrir de maladies chroniques ou de handicap est à la fois limitant dans les possibilités effectives de sorties et de rencontres avec les autres, et à l’origine d’un repli sur soi et sur la sphère privée.

bouclerandonnee_1.baladefamillePlus qu'ailleurs, les nouveaux arrivants sur la commune sont isolés. L’ancienneté d’arrivée sur la commune joue un rôle important sur l’isolement social. Les habitants les plus récemment installés, qui souvent se sont éloignés de leurs familles et de leurs amis, n’ont pas encore construit de relations fortes sur la commune. Ils sont particulièrement nombreux à être dans des situations d’isolement. Le taux de personnes en situation d’isolement social ou de « fragilité » passe ainsi de 15% parmi les personnes vivant depuis au moins 20 ans sur la commune, à 34% parmi les personnes arrivées depuis moins de 5 ans. Les personnes isolées sont aussi celles qui ont le plus de mal à entrer en relation avec les personnes de leur quartier.

La situation familiale a également un fort impact sur l'isolement. Les personnes n'ayant pas de conjoint, qu'elles soient mono-parents ou sans enfant, sont particulièrement nombreuses à être isolées. Le taux d'isolement ou de fragilité est de 28% parmi les personnes seules et atteint même 37% parmi les mono-parents.

Enfin, si le lien entre âge et isolement est largement démontré au niveau national, l'analyse est plus nuancée à Saint-Médard. En effet, les analyses montrent que sur la commune l'isolement social dépend peu de l'âge, mais plus de facteurs déjà cités. L'isolement social des seniors apparaît ainsi particulièrement faible sur la commune. Le taux d'isolement social y est de 3%, contre 27% sur l’ensemble de la France.

La question de l'isolement social est complexe tant les facteurs sont multiples et aggravent la situation autant qu'ils s'ajoutent. De plus, quand les personnes sont objectivement isolées socialement à Saint-Médard, le sentiment de solitude, d'inutilité et d'abandon y est plus fréquent que pour la moyenne des Français.

Les axes de réflexion et les pistes de travail

Au terme de cette étude et de ces constats, plusieurs axes de travail ont été identifiés :

  • Cours d'informatique gratuits pour les plus de 60 anspromouvoir et développer les solidarités numériques ;
  • encourager et dynamiser les relations sociales de proximité ;
  • avoir une attention particulière pour les plus âgés.

Plusieurs groupes de travail, constitués de représentants de la Ville et du CCAS, du Conseil départemental, de Bordeaux Métropole et de la Caisse d’allocations familiales entre autres, se sont déjà réunis pour décliner dans les tout prochains mois des actions concrètes. Leurs objectifs : favoriser le bien-être des personnes concernées par l’isolement social en luttant contre les facteurs multiples et complexes qui aggravent leur sentiment de solitude, d'inutilité et d'abandon.