De Saint-Médard au monde : Teddy Boussengui, l’art comme soin

Alors qu’il entre dans le hall du Carré des Jalles pour honorer notre demande d’interview, Teddy s’arrête, échange quelques mots avec le régisseur de la salle du Carré. Flashback : il reconnaît celui qui encadrait ses activités périscolaires à l’école de Corbiac ! Nous avons donc rendez-vous avec un enfant de Saint-Médard-en Jalles, que nous découvrons citoyen du Monde et artiste confirmé.

Teddy Boussengui, 28 ans, a la silhouette des artistes insaisissables : danseur, musicien, chorégraphe, comédien… Il refuse d’être enfermé dans une seule case. « Je suis un artiste, tout simplement« , résume-t-il avec un sourire qui en dit long sur son appétit de vie.

Un artiste pluriel, façonné dès l’enfance

Né à Eysines, arrivé à Saint-Médard à l’âge de quatre ans, il fait ses premiers pas d’artiste à l’école maternelle de Corbiac. Déjà, la musique et la danse s’invitent dans la cour, aux côtés de son ami Hugo. L’héritage familial y est pour beaucoup aussi : un père musicien, une guitare à portée de main, et très vite le goût du rythme, de la percussion, qui ne le quittera plus.

L’enfant est un touche-à-tout : natation à la piscine Tournesol, judo, athlétisme, karaté dans les clubs saint-médardais… Autant d’expériences qui forgent l’endurance, la résilience et témoignent de sa curiosité insatiable. Dans ce tourbillon d’activités, le fil rouge, c’est le hip-hop, qu’il pratique jusqu’au lycée Sud-Médoc.

C’est ainsi qu’à 15 ans, il monte pour la première fois sur la scène du Carré des Jalles. Le trac est là, « mais il faut bien un peu de stress, c’est de l’adrénaline », confie-t-il. Cette adrénaline le mène plus loin qu’il ne l’aurait imaginé.

Le Mexique, un voyage qui devient une renaissance

Diplôme de Tech de Co en poche, il tient une promesse faite à Emilio, un ami d’enfance : découvrir le Mexique. Un voyage qui devient une renaissance. Ce qui devait être un séjour d’un mois deviendra une expérience de vie de six années. Il y traverse la période du confinement, s’ouvre à la psychomagie et s’imprègne de la culture d’El Dia de los Muertos.

Un rapport à la disparition, à la fin de vie, à la fin d’un cycle qui résonne profondément dans ses racines gabonaises. Dans son ethnie d’origine, les Massango, Teddy a été initié à des cérémonies chantées et dansées, à différents âges de sa vie.

Là-bas, la mort n’est pas un tabou, c’est une fête.

STYX : une création intime qui devient universelle

De ce métissage de cultures et de rites, de cette expérience intime et partagée, naît STYX, son premier spectacle. Inspiré d’un deuil amoureux vécu en Espagne, avec sa guitare pour seule compagnie, l’œuvre est autant une introspection qu’une invitation au partage.
Tout au long de son parcours à travers de nombreux pays, il a nourri sa pièce et récolté des mots. Des mots intimes et collectifs sur la façon dont chacun vit la fin d’un cycle, mène un deuil. Des mots mis dans des capsules audio que l’on peut retrouver sur le site internet de l’artiste.

Ces expériences m’ont convaincu que l’art peut soigner.

Teddy accorde une grande importance à la médiation. Là aussi, on peut y voir une empreinte de ses voyages à travers le monde. En résidence au Carré des Jalles, il est également accueilli à Ambarès-et-Lagrave où il propose des bords de scène. « J’ai participé à une action au sein de la maison Fontaudin, un EHPAD situé à Pessac. », nous confie-t-il.

Avec STYX, il profite de ces temps de conversation avec son public pour nourrir le débat : en France, quels sont les outils qui s’offrent à nous pour faire le deuil ? Comment reconstruire des traditions ? L’appropriation de pratiques venant d’autres cultures peut-elle répondre à ce besoin ?

Dans ce spectacle en solo, l’art devient soin, la danse et la musique se font ponts entre les vivants et l’au-delà. Teddy Boussengui signe là un portrait sincère de ce qui l’habite depuis l’enfance : l’envie de créer pour se relier.

Son spectacle Styx, programmé par la Scène Nationale Carré-Colonne, le 18 décembre au Carré des Jalles affiche déjà complet.

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Une équipe fidèle depuis ses débuts Saint-Médardais

La célébrité croissante de Teddy n’impacte en rien ses habitudes : à chaque expérience, il s’entoure de personnes qui l’accompagnent depuis le début : Rayan Goufar (musique) rencontré au lycée Sud-Médoc, Félix Trébout (régisseur général sur STYX, un habitué du Carré des Jalles régulièrement aux côtés de son père, lui-même régisseur général de la salle) ou encore Théo Février (directeur de la compagnie Producteurs de vent) Saint-Médardais, réalisateur du film-documentaire « Seul libre » qui retrace son expérience de voyage en Amérique du Sud.

Nul doute qu’après la sortie de résidence du 18 décembre, vous attendrez avec impatience de découvrir « Soma », la prochaine création en duo de Teddy et sa compagne, la danseuse Irene Martinez-Olivares.

Teddy et Irène ont enflammé Dansons au Carré l’été dernier, en dévoilant un extrait vibrant de leur futur spectacle « Soma« . Un avant-goût qui a donné envie d’en voir beaucoup plus !